Début juin 2026, au Palais de Chaillot à Paris, Van Cleef & Arpels a levé le voile sur Fascinating Egypt, un ensemble de 180 créations de haute joaillerie. Cette collection célèbre un siècle d’influences égyptiennes, depuis la découverte du tombeau de Toutânkhamon en 1922 jusqu’à l’ouverture du Grand Musée Égyptien au Caire. Entre récits pharaoniques et innovations techniques, la Maison présente l’une de ses collections les plus ambitieuses.
Avec Fascinating Egypt, la joaillerie de la place Vendôme ne se contente pas de revisiter un goût ancien. Elle prolonge une conversation esthétique entamée il y a cent ans, lorsque l’égyptomanie submergeait les arts décoratifs. Aujourd’hui, cette collection propose un regard contemporain sur un imaginaire universel, à mi-chemin entre l’hommage archéologique et la haute technicité joaillière.
Un dialogue centenaire avec l’Égypte
L’annonce de la découverte du tombeau de Toutânkhamon en novembre 1922 a électrisé le monde occidental. Van Cleef & Arpels, dont les archives attestent de commandes inspirées par l’Égypte dès cette époque, n’a jamais cessé de puiser dans ce répertoire visuel.

De Toutânkhamon au Grand Musée Égyptien
La ferveur pour l’Égypte antique a connu plusieurs vagues : l’époque napoléonienne, l’Art déco des années 1920 et, aujourd’hui, le Grand Musée Égyptien. Inauguré en 2025 aux abords des pyramides de Gizeh, il a ramené la civilisation des pharaons au premier plan de l’actualité culturelle mondiale. La Maison y a vu l’occasion de réaffirmer son lien avec ces motifs. La collection Fascinating Egypt ne se veut pas une rétrospective, mais une relecture libre où les hiéroglyphes se font graphisme, et où les fresques murales deviennent sertissages.
Le Palais de Chaillot, écrin d’un lancement mémorable
Le choix du Palais de Chaillot, dont l’esplanade embrasse la tour Eiffel, n’a rien d’anodin : son architecture monumentale répond à celle des temples de Karnak. Début juin 2026, Catherine Rénier, présidente de la Maison, y a accueilli les invités dans un décor de colonnades et d’eaux sombres évoquant le Nil. Les 180 pièces, présentées sur des socles de basalte, donnaient l’impression de flotter entre deux mondes.
Cette collection renoue avec les sources de l’Art déco tout en les projetant dans le XXIe siècle.
Catherine Rénier, présidente de Van Cleef & Arpels
L’orfèvrerie au service du mythe
Fascinating Egypt ne se borne pas à reproduire des symboles ; elle donne chair aux dieux et aux souveraines qui ont façonné l’imaginaire égyptien. La virtuosité technique, notamment le Serti Mystérieux, fait de chaque bijou une prouesse miniature.

Cléopâtre, Bénou et Vénus : une galerie de portraits
La broche Cléopâtre saisit le regard par son traitement des matières : le visage en diamants et or jaune et blanc surplombe un buste d’or rose incrusté de rubis. Non loin, le clip Vénus égyptienne fusionne la beauté classique avec le symbolisme nilotique, notamment l’uraeus enroulé en un pavage de saphirs. Le dieu Bénou, oiseau solaire annonciateur de renaissance, se déploie sur un clip centré sur un diamant poire de 2,63 carats. Chaque pièce demande des centaines d’heures de travail des « Mains d’Or » de la place Vendôme, qui parviennent à donner du mouvement à des matériaux figés.
Serti Mystérieux et modularité, les défis techniques
La technique du Serti Mystérieux, inventée en 1933, est poussée ici dans ses retranchements. Le collier Déesse ailée Mystérieuse est emblématique : deux ailes de rubis, sans aucune griffe apparente, enserrent un diamant central de 14,05 carats de type IIa. Cet élément se détache pour former une bague, preuve de la transformabilité chère à la Maison. Le collier Rivage égyptien aligne 37 gouttes d’émeraudes de Zambie selon une courbe millimétrée. La bague Cardinal d’Émeraude, sertie d’une émeraude sugarloaf de 8,47 carats taillée en pyramide, rappelle les géométries de Gizeh.
Des bijoux pensés pour être portés
Face à cette profusion de références historiques, une question affleure : n’est-on pas en train de produire des artefacts plutôt que des bijoux ? Van Cleef & Arpels répond par l’usage le plus concret du bijou : être porté. Les systèmes de transformation, les dos ouvragés et le confort de porté sont aussi étudiés que les faces visibles. Aucune pièce ne pèse plus que le nécessaire, et les attaches sont pensées pour ne pas accrocher la soie d’une robe. L’esprit de la collection reste celui du bijou porté.
Avec Fascinating Egypt, Van Cleef & Arpels traite le bijou comme un objet vivant, traversé par les mythes. La collection montre surtout que la Maison sait relire l’Égypte sans la figer.










