Une étoile de 57 carats historiques, un diamant de 90 carats, une émeraude de plus de deux siècles : ces bijoux, autrefois réservés aux trônes et aux cours, sont aujourd’hui exposés dans les salons de l’Hôtel de la Marine. À partir du 10 décembre, le public parisien a la possibilité de découvrir, en un seul lieu, l’histoire du pouvoir à travers les parures les plus emblématiques de 1700 à 1950. Entre prestige, diplomatie et intime, l’exposition montre que le bijou, bien plus qu’un simple accessoire, est un document d’histoire et le témoin d’un héritage dynastique.
À retenir
- « Joyaux dynastiques » se tient du 10 décembre 2025 au 6 avril 2026 au 2 Place de la Concorde.
- Entrée unique 13 € l’exposition ; billet combiné 17 € (exposition + Hôtel de la Marine).
- Prêts de collections majeures : Cartier, Van Cleef & Arpels, Muséum national d’Histoire naturelle et le Victoria and Albert Museum.
- Présentation de l’Étoile de Golconde (57,31 carats) et de la Briolette des Indes (90,36 carats).
- Visites-conférences et ateliers familles proposés chaque mardi et samedi.
La création de cette exposition marque une étape importante dans la façon dont les institutions racontent l’histoire du luxe et du pouvoir. En rassemblant des objets d’une rareté exceptionnelle, elle met en regard les cours royales européennes et les mécènes contemporains, tout en posant clairement la question de la conservation et de la provenance. Les visiteurs sont invités à considérer chaque bijou comme un témoin d’époque, porteur de relations politiques, familiales ou sentimentales, et non comme un simple objet de contemplation.
Un partenariat qui relie le passé à la scène moderne
La collaboration entre la Fondation Al Thani, le Centre des monuments nationaux et le Victoria and Albert Museum donne à l’événement une dimension internationale rare. Le commissariat, assuré par Dr Emma Edwards, curatrice au V&A, s’appuie sur un programme de prêts d’envergure, auquel contribuent notamment Mines Paris – PSL et le Mémorial des collections patrimoniales de Cartier, Chaumet, Mellerio et Van Cleef & Arpels. Cette coopération permet de rassembler, pour quelques mois, des pièces habituellement dispersées entre Londres, Paris et d’autres grandes capitales.
La trilogie thématique
L’édition 2025 s’inscrit dans une série d’expositions qui a déjà mis en lumière les arts du Moyen Âge et de la Renaissance. « Joyaux dynastiques » prolonge ce cycle en se concentrant sur le pouvoir, le prestige et la passion incarnés par la parure depuis 1700. L’objectif est de montrer comment ces objets, portés sur la peau, ont servi tour à tour d’outil politique, de marqueur social et de gage d’attachement personnel.
Les prêts majeurs
Le duc de Fife a autorisé le prêt de pièces conservées par les Historic Royal Palaces, ouvrant une fenêtre rare sur l’intimité des Windsor. En parallèle, le Muséum national d’Histoire naturelle et le Victoria and Albert Museum ont confié à Paris des pierres précieuses et des pièces d’orfèvrerie qui n’avaient encore jamais quitté leurs réserves françaises ou britanniques. L’ensemble compose un panorama inédit des échanges de gemmes et de parures entre maisons régnantes.
Le rôle du bijou
Au fil du parcours, le bijou apparaît comme un « objet intime, porteur de sentiments et messager de faveurs royales », en tension permanente entre affichage public et secrets privés. Les cartels et dispositifs multimédias détaillent la fonction de chaque pièce : célébrer une union, sceller une alliance, afficher une victoire ou marquer un deuil. Le visiteur mesure ainsi combien ces parures racontent autant les coulisses des cours que les grandes cérémonies.
Les trésors qui racontent l’histoire de l’Europe
De la cour de Catherine II à celle de la reine Victoria, les pièces exposées reflètent l’évolution des goûts et des réseaux d’échanges entre l’Europe, l’Inde ou encore les Amériques. Les vitrines confrontent commandes impériales, cadeaux diplomatiques et acquisitions privées, révélant les stratégies d’image mises en œuvre par chaque dynastie.

Figures emblématiques et héritage dynastique
Le collier de perles de Joséphine de Leuchtenberg et les sept diadèmes de diamants offerts à Mrs Fitzherbert illustrent la relation étroite entre joaillerie et alliances dynastiques. Chaque pièce rappelle un épisode précis : mariage arrangé, union secrète, ascension officielle dans la hiérarchie de cour. Ces bijoux deviennent alors des archives discrètes des vies sentimentales et politiques des souverains.
Pierres de légende
L’Étoile de Golconde (57,31 carats) et la Briolette des Indes (90,36 carats) retracent à elles seules des siècles de circulation de gemmes entre l’Inde, l’Europe et les États‑Unis. À leurs côtés, deux émeraudes indiennes datées de 1650 à 1750 dévoilent les goûts des empereurs moghols pour les pierres gravées et les montures raffinées. L’exposition insiste sur la manière dont ces trésors ont changé de mains, de contextes et parfois de significations au fil des régimes.
Le passage du luxe à la mode
Les pièces du XXe siècle, comme le collier hindou de Cartier (1936) et la broche panthère Cartier de la duchesse de Windsor (1949), témoignent du glissement progressif du protocole vers la mode. Sous l’influence de l’Art déco et de la Belle Époque, la joaillerie adopte de nouvelles lignes, plus libres, qui répondent aux envies de collectionneurs privés et de figures mondaines. Le bijou devient alors un manifeste de style personnel tout autant qu’un signe de statut.

Questions d’éthique et de provenance
Certains historiens et visiteurs soulèvent la question de la provenance de pièces issues de la période coloniale, pointant les tensions autour de leur légitimité. Le curateur Dr Edwards répond que chaque œuvre est accompagnée d’une documentation précise sur son parcours, du lieu d’extraction à l’entrée en collection, afin de garantir transparence et traçabilité. Des cartels spécifiques et des ressources en ligne permettent par ailleurs de consulter ces informations en détail.
« Chaque diamant ou perle a son histoire, et nous la racontons, pas seulement son éclat. »
Dr Emma Edwards, commissaire au Victoria and Albert Museum
Les modalités pratiques
Du 10 décembre 2025 au 6 avril 2026, l’Hôtel de la Marine accueille les visiteurs de 10 h 30 à 19 h, avec une nocturne jusqu’à 21 h 30 le vendredi. Le billet d’entrée est fixé à 13 € pour l’exposition seule et 17 € pour le forfait combiné donnant également accès aux espaces permanents. La réservation en ligne est recommandée, notamment pour les week‑ends et les périodes de vacances scolaires.

Visite-conférence et ateliers
Les visites‑conférences, programmées chaque mardi à 14 h et samedi à 11 h, durent environ 1 h 30 de parcours. Elles sont proposées au tarif de 20,50 € pour les adultes et 6 € pour les enfants, hors droit d’entrée à l’exposition. Les groupes de 20 personnes bénéficient d’un forfait global de 250 €, sur réservation, incluant un médiateur dédié et un temps d’échange en fin de parcours.
Atelier famille « Un bijou pour dire “je t’aime” »
Les familles peuvent participer à un atelier créatif au cours duquel enfants et adultes composent leur propre souvenir de bijou, à partir de matériaux simples et de modèles inspirés des pièces exposées. L’atelier rappelle que le bijou demeure un objet d’émotion, accessible à tous, et pas seulement un symbole de grande fortune. Les médiateurs encouragent chacun à penser la parure comme un langage, capable de transmettre un message ou une histoire personnelle.
Les billets combinés offrent l’accès aux salons d’apparat et à la loggia de l’Hôtel de la Marine, où les visiteurs circulent avec un casque pour une immersion sonore dans la vie des lieux au XVIIIe siècle. L’exposition est fermée les 1er janvier, 1er mai et 25 décembre, mais reste ouverte pendant les autres jours fériés, avec une affluence attendue en forte hausse.











