La maison Pomellato dévoile sa sixième collection de haute joaillerie, Collezione 1967, un voyage rétrospectif à travers trois décennies de création audacieuse. Composée de 75 pièces uniques, cette série célèbre les années 1970, 1980 et 1990, trois périodes clés qui ont façonné l’identité non conventionnelle de la marque milanaise. Présentée en juin dernier au Festival de Cannes puis lancée officiellement à Milan, la collection s’impose comme un hommage vibrant à l’artisanat italien et à l’héritage visionnaire de son fondateur, Pino Rabolini.
À retenir
- La Collezione 1967 compte 75 pièces uniques réparties en trois chapitres : les années 1970 (20 pièces), 1980 (18 pièces) et 1990 (37 pièces).
- La collection rend hommage à l’héritage milanais de Pomellato, avec des techniques d’orfèvrerie séculaires et des gemmes rares (aigue-marines, tanzanites, tourmalines).
- Parmi les pièces phares : le collier « Aquamarine Dream » (aigue-marine de 37,98 carats), le collier « Asimmetrico Tanzanite » (tanzanite de 55,96 carats) et le bracelet « Rainbow », symbole de l’explosion chromatique des années 1990.
- Lancée en juin 2025 au Festival de Cannes et présentée à la Pinacothèque de Brera à Milan, la collection a séduit des personnalités comme Alessandra Ambrosio, Laura Harrier et Laetitia Casta.
- Vincenzo Castaldo, directeur créatif, décrit la collection comme un « manifeste de l’identité non conventionnelle » de la marque.
La « Collezione 1967 » : un voyage dans l’ADN créatif de Pomellato
Avec Collezione 1967, Pomellato ne se contente pas de célébrer son histoire : la maison réinterprète son patrimoine à travers un prisme contemporain. Cette collection, la plus ambitieuse à ce jour, puise dans les archives de la marque pour en extraire l’essence : des chaînes révolutionnaires des années 1970 aux volumes sculpturaux des années 1980, en passant par l’audace chromatique des années 1990. Chaque pièce témoigne d’un savoir-faire artisanal préservé depuis 1967, année de fondation de la maison par Pino Rabolini.
Un héritage milanais en 75 créations
La collection se structure en trois actes, chacun dédié à une décennie formatrice. Les 20 pièces des années 1970 revisitent l’innovation des chaînes, élevées au rang d’œuvres d’art par Rabolini. Les 18 créations des années 1980 incarnent l’audace architecturale du « power dressing », tandis que les 37 pièces des années 1990 célèbrent la couleur comme langue esthétique. Cette collection est un dialogue entre passé et présent, où chaque gemme et chaque maillon racontent une histoire, explique Vincenzo Castaldo, directeur créatif depuis 2021.
L’objectif ? Capturer l’esprit « non conventionnel » de Pomellato, une marque qui a toujours refusé les codes traditionnels de la joaillerie. Les pièces ne sont pas de simples bijoux : ce sont des déclarations d’indépendance, conçues pour des femmes qui portent leurs chaînes comme des symboles de liberté. La collection a été dévoilée en deux temps : d’abord à Cannes, où la mannequin Alessandra Ambrosio a arboré des créations exclusives, puis à Milan, lors d’un événement à la Pinacothèque de Brera, temple de l’art italien.

L’artisanat au cœur de la création
Chaque pièce de la Collezione 1967 naît dans les ateliers de Casa Pomellato, à Milan, où des maîtres artisans perpétuent des techniques transmises depuis des générations. La marque se distingue par son serti clos sur mesure, qui libère les gemmes des montures traditionnelles, et ses combinaisons inattendues de pierres – comme l’association d’aigues-marines et de diamants noirs dans le collier « Zigzag Supreme ». Nos bijoux ne sont pas fabriqués, ils sont sculptés, souligne Castaldo, insistant sur le temps nécessaire à la réalisation de certaines pièces, comme le collier « Blue Chain Cascade », dont les maillons internes et externes ont demandé plus de 300 heures de travail.
L’engagement envers l’excellence italienne se retrouve aussi dans le choix des matériaux. Les ors 18 carats, souvent rose ou blanc, sont travaillés pour épouser les courbes du corps, tandis que les gemmes – parmi lesquelles des tanzanites de 55 carats ou des tourmalines vertes de 47 pierres – sont sélectionnées pour leur rareté et leur éclat. La collection prouve que la haute joaillerie peut être à la fois spectaculaire et portable, un équilibre que Pomellato maîtrise depuis ses débuts.
Les années 1970 : quand la chaîne devient une œuvre d’art
Les années 1970 marquent un tournant pour Pomellato : Pino Rabolini transforme la chaîne, alors accessoire secondaire, en pièce maîtresse de la joaillerie. Cette décennie est représentée dans la Collezione 1967 par 20 créations, où les maillons deviennent des toiles pour l’expression artistique. Les chaînes ne sont plus de simples supports, mais des structures dynamiques, souvent pavées de diamants et rehaussées de gemmes exceptionnelles.
L’innovation des maillons : entre fonction et esthétique
Le fondement de cette révolution ? Une reconception radicale du maillon. Rabolini s’inspire des chaînes forçat – ces chaînes robustes utilisées autrefois pour les prisonniers – pour en faire des bijoux élégants et confortables. Le secret réside dans la graduation des maillons : plus larges près du cou, ils s’affinent vers l’extrémité pour épouser les mouvements du corps. Cette technique, toujours employée aujourd’hui, est visible dans des pièces comme le collier « Aquamarine Dream ».
Les chaînes de la collection jouent aussi sur les textures et les contrastes. Certaines intègrent des maillons torsadés ou ajourés, tandis que d’autres, comme le collier « Blue Chain Cascade », superposent deux chaînes pavées de diamants pour créer un effet de cascade gelée. Une chaîne doit être à la fois un bijou et une seconde peau, affirmait Rabolini. Un principe qui guide encore les artisans de Pomellato.

Trois pièces emblématiques de l’ère 1970
Parmi les créations phares, trois colliers illustrent l’audace de cette décennie :
- « Aquamarine Dream necklace » : une chaîne forçat rehaussée d’une aigue-marine cabochon de 37,98 carats et d’un pendentif goutte de 15,95 carats. Les maillons, dégradés pour un port confortable, sont entièrement pavés de diamants.
- « Blue Chain Cascade necklace » : centré sur un saphir de Ceylan de 22,23 carats, ce collier joue sur l’asymétrie avec une double chaîne dont les maillons semblent fondre comme de la glace.
- « Yellow Diamond Moon necklace » : un diamant jaune fantaisie de 12 carats trône au centre d’une chaîne pavée, évoquant une lune suspendue dans un ciel étoilé de diamants.

Ces pièces ne sont pas seulement des hommages au passé : elles réinventent les codes en intégrant des techniques modernes, comme le serti invisible pour les gemmes ou l’utilisation de métaux légers pour alléger les volumes. Le résultat ? Des bijoux qui allient héritage et innovation, portés aussi bien avec une robe de soirée qu’un jean.
Les années 1980 : l’âge d’or du volume et de l’asymétrie
Les années 1980, époque du « power dressing » et de l’excès assumé, trouvent leur écho dans 18 pièces sculpturales de la collection. Pomellato y explore des formes architecturales, des volumes imposants et des asymétries délibérées, reflétant l’énergie d’une Milan en pleine effervescence créative. Les bijoux de cette décennie sont conçus pour impressionner : ils captent la lumière, jouent avec les proportions et défient les lois de la gravité.
Le « power dressing » en joaillerie : audace et virtuosité
L’influence de la mode se lit dans ces créations. Les silhouettes géométriques rappellent les épaules structurées des vestes Armani, tandis que les motifs asymétriques évoquent les imprimés graphiques de Versace. Les artisans de Pomellato repoussent les limites techniques pour donner vie à des pièces comme le collier « Asimmetrico Tanzanite », où une tanzanite de 55,96 carats semble flotter sur une structure d’or rose articulée.
La modularité est un autre marqueur de cette période. Certaines pièces, comme les boucles d’oreilles « Marvelous Griffe », peuvent être portées séparément ou assemblées pour créer un effet dramatique. Cette approche reflète une philosophie : Un bijou doit s’adapter à la femme, et non l’inverse, explique Castaldo. Les matériaux – or rose, diamants, gemmes colorées – sont travaillés pour créer des jeux de lumière et des illusions d’optique, comme dans le collier « Milan Necktie », dont les maillons semblaient défier les lois de la pesanteur.
Quatre créations phares des années 1980
| Pièce | Description | Gemme principale | Particularité technique |
|---|---|---|---|
| « Asimmetrico Tanzanite » (collier) | Structure en or rose 18k avec plaques articulées pavées de diamants. | Tanzanite de 55,96 carats (coupe irrégulière). | Monture asymétrique conçue pour épouser les mouvements du corps. |
| « Asimmetrico Tanzanite » (bague) | Bague en or rose avec une tanzanite de 37,73 carats. | Tanzanite (bleu-violet intense). | Serti clos sur mesure pour mettre en valeur la pierre. |
| « Zigzag Supreme » | Collier en maillons ajourés avec sept aigues-marines de tailles variées. | Aigues-marines (du bleu pâle au bleu profond). | Jeu de volumes créant un effet de cascade. |
| « Milan Necktie » | Collier inspiré des cravates, avec des maillons en or blanc et diamants. | Diamants (pavage dense). | Structure flexible pour un port confortable malgré le volume. |
Ces pièces illustrent comment Pomellato a traduit l’esprit des années 1980, excès, puissance, individualité, en joaillerie. Les gemmes sont choisies pour leur intensité chromatique : les tanzanites, avec leurs reflets bleu-violet, dialoguent avec les diamants pour créer des contrastes saisissants. Les techniques de sertissage, comme le serti griffes inversées, permettent de libérer la lumière des pierres, tout en assurant leur sécurité.

Les années 1990 : la couleur comme langage
Alors que les années 1990 voient triompher le minimalisme, Pomellato choisit une voie contraire : celle de la couleur explosive. Les 37 pièces de ce chapitre célèbrent les gemmes vibrantes et les associations audacieuses, inspirées par l’optimisme de la fin du XXe siècle. La maison puise dans le patrimoine des maisons de mode italiennes – Etro, Missoni, Pucci – pour créer des bijoux qui sont de véritables tableaux portables.
Le minimalisme réinventé par les gemmes
Contrairement au dépouillement ambiant, Pomellato mise sur la profusion : superposition de chaînes, accumulation de pierres, mélanges de textures. Le collier « Lagoon Bavarole » en est l’exemple parfait : 47 tourmalines vertes de tailles irrégulières, montées sur une cascade de chaînes pavées de diamants, évoquent les eaux d’une lagune. Les gemmes, souvent taillées en cabochon (pierre polie non facettée), apportent une touche organique à des structures géométriques.
La couleur devient un outil d’expression. Les « Marvelous Griffe rings », une série de dix bagues, jouent sur les dégradés : aigues-marines, tourmalines pastèque, rubellites et héridors s’enchaînent comme une palette de peintre. Nous voulions que chaque pierre raconte une émotion, pas seulement une histoire, précise Castaldo. Les sertissages innovants, comme le serti grain (petits grains d’or maintenant la pierre), permettent de juxtaposer des gemmes sans métal visible, créant ainsi des surfaces presque liquides.
Cinq pièces emblématiques des années 1990
- « Lagoon Bavarole necklace » : un dégradé de tourmalines vertes (47 pierres) sur des chaînes en or rose 18k, évoquant les nuances d’une eau tropicale.
- « Rainbow bracelet » : un bracelet où s’enchaînent saphirs, rubis, émeraudes et diamants, comme un arc-en-ciel miniaturisé.
- « Marvelous Griffe rings » : dix bagues aux gemmes cabochon (aigue-marine, tanzanite, péridot), chacune rehaussée de diamants.
- « Duetto Cocktail ring » : une bague double aux pierres contrastées (grenat mandarin et diamant noir), symbolisant le dialogue entre lumière et ombre.
- « Eonica Extreme » : un collier aux maillons en forme de vagues, pavé de diamants et de saphirs bleus, inspiré par les mouvements de l’eau.
Ces créations prouvent que la couleur peut être à la fois sophistiquée et jouissive. Les gemmes, souvent de coupes irrégulières, sont choisies pour leur caractère unique : une tourmaline peut présenter des zones de bleu et de vert, une aigue-marine des reflets dorés. Les artisans de Pomellato exploitent ces imperfections pour en faire des atouts, comme dans le bracelet « Rainbow », où chaque pierre est positionnée pour capter la lumière sous un angle différent.

Verdict : une collection entre héritage et avant-garde
La Collezione 1967 est bien plus qu’un exercice de style rétrospectif : c’est une déclaration d’intention. En revisitant ses trois décennies fondatrices, Pomellato rappelle que l’innovation naît souvent de la réinterprétation du passé. Les 75 pièces de la collection, toutes uniques, offrent un panorama complet de ce qui fait l’identité de la maison : un savoir-faire artisanal inégalé, une liberté créative sans compromis et une vision de la joaillerie comme art portable.
Pour qui sont ces bijoux ?
La Collezione 1967 s’adresse à deux types de clientèles :
- Les collectionneurs en quête de pièces historiques, mais résolument modernes. Les prix, bien que non communiqués, se situent dans la fourchette de la haute joaillerie (estimations entre 50 000 € et 500 000 € selon les pièces).
- Les amateurs de bijoux statement, prêts à assumer des volumes et des couleurs. Des pièces comme le collier « Asimmetrico Tanzanite » ou le bracelet « Rainbow » sont conçues pour être remarquées.
Contrairement à certaines collections de haute joaillerie, réservées aux occasions exceptionnelles, celles de Pomellato se veulent portables au quotidien. Les chaînes des années 1970, par exemple, peuvent se porter avec un pull en cachemire, tandis que les bagues des années 1990 s’accordent aussi bien avec une robe longue qu’un tailleur pantacourt.
Points forts et limites
Les atouts :
- L’originalité : peu de maisons osent mêler autant d’audace et de savoir-faire traditionnel.
- La qualité des gemmes : les pierres, souvent rares (tanzanites, tourmalines Paraíba), sont sélectionnées pour leur éclat et leur singularité.
- Le confort : malgré leurs volumes, les bijoux sont conçus pour être portés longtemps (maillons gradués, montures légères).
Les réserves :
- L’accessibilité : les prix et le caractère unique des pièces les réservent à une élite.
- Le style très marqué : certaines créations, comme le collier « Milan Necktie », demandent une garde-robe adaptée.
Notre sélection
Si nous devions retenir trois pièces emblématiques de cette collection, ce seraient :
- « Aquamarine Dream necklace » (années 1970) : pour son équilibre parfait entre héritage (la chaîne forçat) et modernité (l’aigue-marine spectaculaire). Prix estimé : 180 000 € – 220 000 €.
- « Asimmetrico Tanzanite » (collier) (années 1980) : une pièce sculpturale qui incarne l’audace de la décennie, avec sa tanzanite de 55,96 carats. Prix estimé : 350 000 € – 450 000 €.
- « Lagoon Bavarole necklace » (années 1990) : un chef-d’œuvre chromatique, idéal pour celles qui osent la couleur. Prix estimé : 250 000 € – 300 000 €.
En définitive, la Collezione 1967 confirme que Pomellato reste fidèle à son ADN : créer des bijoux qui défient les conventions, tout en célébrant l’artisanat italien. Une collection à découvrir absolument, ne serait-ce que pour admirer le travail des artisans qui, depuis Milan, continuent de faire rayonner l’excellence joaillière.











