Après le salon Jewellery & Gem WORLD Hong Kong de septembre 2025, les saphirs et spinelles émergent comme les stars incontestées du marché des gemmes de couleur haut de gamme. Selon Caram, négociant basé à Hong Kong, ces pierres surperforment nettement la catégorie, avec des prix appelés à rester élevés toute l’année. Cette dynamique reflète un désir croissant pour l’authenticité et la rareté, au détriment des diamants.
À retenir
- Les saphirs en couleurs inhabituelles, comme le teal ou le rose, attirent collectionneurs et designers pour leur distinction.
- Les spinelles de Tanzanie et de Birmanie rivalisent directement avec le rubis dans les segments luxe.
- Le marché mondial des gemmes de couleur devrait croître de 1,9 milliard USD en 2025 à 5,7 milliards USD en 2035, avec un TCAC de 11,3 %.
- Les gemmes naturelles se positionnent comme investissements safe-haven face à l’instabilité des diamants.
- L’approvisionnement éthique et la traçabilité via blockchain renforcent la confiance des acheteurs.
- Les émeraudes colombiennes domineront en 2025, tandis que celles de Zambie pourraient voir leurs prix baisser.
Dans un contexte où les gemmes de couleur naturalité gagnent en attractivité auprès des amateurs de joaillerie avertis, cette analyse post-salon de Rahul Jain, directeur de Caram, met en lumière l’importance de ces tendances pour 2025. Pour les bijoutiers et collectionneurs en France et en Europe, cela signifie une opportunité de diversifier les offres vers des pièces uniques, ancrées dans l’esthétique rare et le storytelling culturel. Alors que les diamants lab-grown érodent le marché du blanc, les saphirs et spinelles incarnent le désir d’exclusivité, boostant un secteur projeté à une croissance annuelle de 4,8 % pour les pierres naturelles jusqu’en 2035.
Les saphirs et spinelles dominent le marché post-Hong Kong
Suite au salon de septembre 2025, les saphirs confirment leur statut de performeurs solides sur le marché des gemmes de couleur haut de gamme.
Saphirs : couleurs inhabituelles en vogue
La demande pour les saphirs vifs s’est intensifiée lors de l’événement, particulièrement dans les segments nuptiaux et luxe. Les acheteurs, qu’il s’agisse de collectionneurs ou de designers, privilégient les teintes rares qui apportent une touche distinctive aux bijoux. Ainsi, les saphirs teal, mélange de bleu et vert, ou lavande captivent par leur esthétique inhabituelle.
Parmi les exemples notables présentés, un saphir du Cachemire de 5 carats a attiré l’attention pour sa pureté exceptionnelle. Une paire de saphirs teal non chauffés totalisant plus de 20 carats, issue de sources précieuses, illustre la rareté recherchée. De même, un saphir rose non chauffé de Sri Lanka pesant 19 carats souligne la popularité des provenances authentiques.
Les saphirs verts de Montana et les pierres bicolores australiens gagnent du terrain, répondant au désir d’individualité. Rahul Jain note que l’absence de nouvelles sources d’approvisionnement maintient les prix élevés pour le top 1 % des gemmes. En Europe, ces tendances favorisent des créations joaillières sur mesure, où la couleur rare booste la valeur perçue.

Spinelles : rivaux directs du rubis
Le spinelle connaît un essor remarquable, positionné comme concurrent audacieux du rubis dans certains marchés. Les spécimens fins de Tanzanie, notamment de Mehenge, se vendent rapidement pour leur éclat intense. Lors du salon, Caram a écoulé un bijou majeur en spinelle, confirmant cette dynamique.
Les spinelles rouges de Birmanie rivalisent tête-à-tête avec le rubis, offrant une alternative esthétique similaire mais plus accessible en termes de rareté relative. Un spinelle rose de 10 carats de Mehenge a captivé les visiteurs par sa teinte vibrante. Les variétés neon-pink de Mahenge et cobalt-blue vietnamiennes attirent les collectionneurs pour leur désir d’unicité.
Cette montée reflète un marché où le spinelle, souvent sous-estimé, gagne en identification comme pierre de plaisir esthétique. Pour les joailliers français, intégrer ces gemmes permet de proposer des pièces au style distinctif, loin des standards du rubis traditionnel.
Tendances globales et résilience des gemmes naturelles
Le marché des pierres précieuses de couleur affiche une vitalité robuste en 2025, portée par des facteurs économiques et culturels.
Croissance soutenue et comportements des acheteurs
Le secteur mondial est projeté à 1,9 milliard USD en 2025, soit environ 1,63 milliard d’euros au taux actuel, avec une expansion à 5,7 milliards USD d’ici 2035. En Inde, le marché atteint 825 millions USD pour l’exercice 2025, dopé par l’affinité culturelle et l’expansion économique. Les marchés émergents comme l’Asie et l’Amérique latine alimentent cette croissance, avec un TCAC de 11,3 %.
Les consommateurs fortunés voient dans les gemmes comme les saphirs ou rubis, souvent supérieurs à 10 carats, un placement sûr contre l’incertitude boursière. L’influence des médias sociaux et des célébrités, notamment via Bollywood, cible les jeunes acheteurs en quête de luxe bespoke. Ils priorisent les pièces avec provenance vérifiée, renforçant le storytelling autour de la rareté naturelle.
Autres gemmes montantes incluent la tourmaline Paraíba, le tsavorite et le grenat, sous-évalués par rapport au saphir ou rubis. Les émeraudes colombiennes brilleront en 2025 comme stars du marché, tandis que celles de Zambie risquent une baisse due à la suspension d’extraction à Kagem par Gemfields.

Résilience face à la concurrence des diamants et lab-grown
Les gemmes de couleur surpassent les diamants, dont les prix taillés ont chuté d’un an sur l’autre, minés par la controverse russe et l’essor des lab-grown. Ces derniers offrent des alternatives abordables, particulièrement en Arabie Saoudite et dans les usines de Guangdong en Chine. Pourtant, le segment haut de gamme des naturelles reste peu impacté, grâce à leur authenticité émotionnelle.
La stratégie repose sur la différenciation par le récit : l’héritage culturel de l’extraction, comme en Tanzanie ou Birmanie, et la formation millénaire par la nature. L’approvisionnement éthique gagne en priorité, avec une attente de transparence totale sur l’origine et les traitements. Rahul Jain insiste sur la valeur intrinsèque des gemmes fines comme actifs durables soutenant des communautés.
Innovations en traçabilité
La blockchain émerge comme outil clé pour certifier l’authenticité, boostant la confiance des consommateurs européens sensibles à la traçabilité. Des technologies innovantes en sourcing et certification protègent contre les synthétiques. Ainsi, des gemmes comme la tanzanite, le chrysobéryl ou la topaze impériale intègrent ce storytelling pour un style joaillier responsable.
Malgré ces avancées, un contrepoint persiste : l’impact potentiel des lab-grown sur les gemmes de couleur, similaire à la chute des diamants naturels. Si les prix des synthétiques baissent, les acheteurs haut de gamme pourraient hésiter, bien que la rareté et le désir d’exclusivité naturelle prévalent actuellement. Pour l’industrie, la bonnes pratiques éthiques et le plaisir esthétique des provenances uniques, comme le zircon ou la cornaline, assurent une résilience à long terme.
En perspective, 2025 s’annonce comme une année pivot pour les saphirs teal australiens ou spinelles neon-pink tanzaniens, redéfinissant le désir en joaillerie vers plus d’identification personnelle et de style narratif.











