La maison d’enchères Phillips met aux enchères, le 10 novembre 2025 à Genève, douze bijoux issus de la collection familiale Vanderbilt, dont une broche saphir iconique de Tiffany & Co. estimée entre 860 000 et 1,29 million d’euros. Ces pièces, porteuses d’une histoire transatlantique mêlant la richesse américaine du Gilded Age et l’aristocratie européenne, attirent les collectionneurs par leur esthétique Belle Époque raffinée. Leur provenance, liée à Gladys Moore Vanderbilt, comtesse Széchényi, ravive l’intérêt pour les dynasties d’hier dans un marché des bijoux vintage en pleine effervescence.
À retenir
- Douze bijoux Vanderbilt mis aux enchères le 10 novembre 2025 à Genève.
- Pièce phare : broche The Vanderbilt Sapphire de Tiffany & Co., saphir de 42,68 carats.
- Estimation totale des lots principaux : plus de 900 000 euros pour les deux pièces maîtresses.
- Exposition publique du 5 au 10 novembre 2025 à Hong Kong, New York, Singapour, Taipei et Londres.
- Lien avec le Gilded Age et la série télévisée éponyme, boostant l’intérêt pour ces reliques.
- Marché des bijoux d’époque : ventes Phillips doublées entre 2022 et 2024, à 51,6 millions d’euros.
À l’heure où la série The Gilded Age captive un public friand d’élégance victorienne et d’intrigues familiales, cette vente aux enchères Phillips arrive à point nommé. Elle illumine l’héritage des Vanderbilt, symbole de la fortune américaine du XIXe siècle, et met en lumière un marché des bijoux historiques en pleine ascension. Pour les amateurs de joaillerie, ces pièces ne sont pas de simples objets : elles incarnent un style Belle Époque intemporel, mêlant délicatesse et prestige, accessible aujourd’hui aux collectionneurs avertis. Cet événement, prévu dans moins de deux semaines, souligne comment l’histoire nourrit le désir contemporain pour des joyaux porteurs de récits authentiques.
L’événement : la vente aux enchères des joyaux Vanderbilt
Organisée à l’Hôtel President de Genève, cette enchère intitulée The Geneva Jewels Auction: V réunit des trésors familiaux qui traversent les océans et les époques.
Détails de la vente et contexte de l’actualité
La maison Phillips frappe fort avec cette session du 10 novembre 2025 à 15 heures, heure d’Europe centrale. Avant cela, une exposition itinérante permettra aux passionnés de découvrir les pièces du 5 au 10 novembre dans cinq villes mondiales : Hong Kong, New York, Singapour, Taipei et Londres. Ce choix de lieux reflète l’attrait international pour les bijoux de provenance noble, amplifié par la popularité de la série The Gilded Age, qui romanticise les Vanderbilt et leurs pairs.
Benoît Repellin, responsable mondial des bijoux chez Phillips, observe un engouement marqué pour les créations d’époque.
Le marché est très enthousiaste pour les bijoux de la Belle Époque et du début du XXe siècle.
Dixit Benoît Repellin, lors d’une récente interview. Entre 2022 et 2024, les ventes de bijoux chez Phillips ont doublé, culminant à 51,6 millions d’euros l’an dernier. Cette tendance s’explique par une quête d’authenticité dans un monde de production de masse.
Le cœur de la collection : Gladys Vanderbilt, comtesse Széchényi
Gladys Moore Vanderbilt, née en 1886 et décédée en 1965, forme le pivot de cette collection. Fille de Cornelius Vanderbilt II et Alice Gwynne Vanderbilt, elle épousa en 1908 le comte hongrois László Széchényi, scellant un mariage d’intérêt entre la plutocratie américaine et la noblesse austro-hongroise. Ses bijoux, transmis par sa descendance – notamment via sa troisième fille, la comtesse Gladys Széchényi, épouse du 15e comte de Winchilsea –, portent l’empreinte de ce lien transatlantique.
La famille Vanderbilt, bâtie sur les chemins de fer et le transport maritime, incarne le Gilded Age, ère de prospérité ostentatoire aux États-Unis de 1870 à 1900. Ces joyaux, issus de son trousseau, symbolisent non seulement la richesse, mais aussi les alliances stratégiques qui définissaient l’élite de l’époque. Leur mise en vente aujourd’hui ravive cette histoire pour un public européen sensible au style aristocratique.
Inventaire de la collection
Outre les pièces phares, douze lots composent l’ensemble, incluant des objets du quotidien transformés en reliques. Un étui de vanity Cartier monogrammé en or, rubis et diamants, estimé entre 6 900 et 10 300 euros, évoque les rituels de beauté d’antan. Une montre-bracelet en or, rubis et diamants suit, avec une fourchette de 2 600 à 4 300 euros.
Une broche nœud en émeraude et diamants, évaluée à 4 300-6 900 euros, et un peigne à cheveux en diamant, entre 2 600 et 4 300 euros, complètent les accessoires. L’horloge de voyage Cartier 8-Days, datée de Noël 1913, offre un témoignage horloger précieux, sans estimation précisée dans les annonces initiales. Ces items, modestes en comparaison des stars, enrichissent le récit d’une vie de comtesse.

Les pièces maîtresses : saphir cachemire de Tiffany et reliques de la tiare Cartier
Parmi les lots, deux bijoux se distinguent par leur éclat et leur pedigree, capturant l’essence esthétique du début du XXe siècle.
The Vanderbilt Sapphire : l’icône de la collection
La broche The Vanderbilt Sapphire, montée par Tiffany & Co., trône en tête. Son saphir cachemire taillé en sugarloaf – une forme conique polie sans facettes – pèse 42,68 carats et arbore une couleur Royal Blue intense, sans trace de chauffage. Estimée entre 860 000 et 1,29 million d’euros, elle évoque les motifs floraux délicats de la Belle Époque.
Ce style, dominant de 1895 à 1914, se caractérise par des designs aériens, comme de la dentelle, avec rubans et fleurs entrelacés. Portée par Gladys, cette pièce incarne le désir d’élégance intemporelle, où chaque gemme raconte une saga familiale. Les experts notent sa pureté rare, un atout sur un marché où l’origine prime.
La broche fleur de lys du diadème de mariage
Issue d’un diadème commandé par Alice Vanderbilt vers 1905, cette broche Cartier arbore un diamant poire de 4,55 carats, couleur E – une teinte quasi incolore prisée. Son motif de lys, symbolique de pureté royale, provient d’un ensemble interchangeable. Le diadème original se démontait en broches, permettant de substituer les diamants par des améthystes poires pour varier les tenues.
Estimée à 86 000-129 000 euros, elle porte l’héritage d’un cadeau de mariage. Gladys la porta lors du couronnement de l’empereur Charles et de l’impératrice Zita à Budapest, le 30 décembre 1916, liant ainsi l’Amérique à la cour d’Autriche-Hongrie. Ce joyau illustre l’ingéniosité des joailliers, adaptant le luxe à la praticité aristocratique.

Valeur et caractéristiques techniques des joyaux
La valeur de ces pièces repose sur leur provenance impeccable et leur qualité gemmologique. Le saphir, non traité, défie les standards modernes où les échauffages sont courants. Le diamant Cartier, certifié pour sa clarté, bénéficie d’un sertissage fin, typique de la maison française.
Éléments gemmologiques clés
- Saphir : 42,68 carats, sugarloaf, bleu royal sans chauffage.
- Diamant principal : 4,55 carats, taille poire, couleur E.
- Matériaux : or, platine et pierres précieuses assemblés avec précision Belle Époque.
Ces détails techniques, accessibles via les rapports de certification, attirent les investisseurs qui voient en ces objets un placement esthétique et narratif.
Provenance et histoire : Gladys Vanderbilt et l’élégance du Gilded Age
Derrière ces bijoux se dessine le portrait d’une héritière dont la vie relie New York à Budapest, dans un tourbillon de mariages et de couronnements.
La dynastie Vanderbilt et l’héritière transatlantique
Arrière-petite-fille du magnat Cornelius Vanderbilt, fondateur de l’empire ferroviaire, Gladys naquit dans l’opulence de la Fifth Avenue à New York. Sa famille contrôlait une fortune colossale, issue du commerce maritime puis des rails, marquant le Gilded Age par son faste. Elle fut la dernière d’une lignée d’héritières américaines épousant des titres européens pour légitimer leur statut.
Ce mariage en 1908 avec László Széchényi, issu de la noblesse hongroise, scella cette tradition. Les Vanderbilt, avec leurs résidences somptueuses comme la mansion de 137 pièces au 1 West 57th Street, incarnaient l’excès doré de l’époque.

Le mariage de 1908 et les cadeaux d’Alice Vanderbilt
La cérémonie, le 27 août 1908, réunit 400 invités dans la mansion familiale. Une chorale de 35 voix et un orchestre de 65 musiciens animent l’événement, sous la protection de plus de 100 policiers face à la foule. Le Pape Pie X envoie même une bénédiction par télégramme, soulignant le rayonnement international.
Alice Gwynne Vanderbilt, mère de Gladys, offre le diadème Cartier et la broche saphir Tiffany dans un « wedding basket » somptueux. Ces cadeaux, centrés sur l’esthétique florale, reflètent le style personnel d’Alice, mécène des arts décoratifs. Ils deviennent ainsi des talismans d’une union qui propulse Gladys dans les cercles royaux européens.
Lignée et héritage des joyaux
Après le décès de Gladys en 1965, la collection se disperse parmi ses descendants. Les lots actuels proviennent de la branche de sa fille, la comtesse Gladys Széchényi, mariée au comte de Winchilsea. Ce legs assure une traçabilité impeccable, essentielle pour les enchères.
Portés lors d’événements comme le couronnement de 1916 à Budapest, ces bijoux lient l’aristocratie à l’histoire. Leur vente interroge : transmettront-ils un nouveau chapitre, ou préserveront-ils l’essence du Gilded Age pour une génération en quête d’identification aristocratique ? Dans un marché dominé par le neuf, ces reliques rappellent que le vrai style naît de l’histoire vécue.










