Depuis 2021, Bvlgari transformait les gemmes méconnues en stars de la haute joaillerie avec sa saga Color Journey. Le 8 juillet 2025, la Maison romaine a clos ce chapitre avec une collection dédiée à la tourmaline, pierre aux mille visages, révélant des pièces où audace chromatique et héritage artisanal se rencontrent. Un final qui consacre quatre années d’exploration minérale, loin des sentiers battus des diamants et des émeraudes.
À retenir
- La saga Color Journey de Bvlgari, lancée en 2021, s’achève en 2025 avec une collection centrée sur la tourmaline, pierre aux couleurs variées.
- Plus de 30 créations composent cette collection capsule, intégrant des codes iconiques comme les motifs Serpenti et Tubogas.
- Les pièces phares incluent des colliers aux tourmalines roses et vertes (jusqu’à 108,75 carats), associées à de l’onyx, des améthystes et des diamants.
- La Maison met en avant son savoir-faire historique dans la taille des gemmes (cabochon, poire, coussin) pour exalter leur pléochroïsme.
- Une animation mondiale, Bvlgari Color, accompagne le lancement en boutique et en ligne depuis juin-juillet 2025.
La tourmaline, avec son spectre allant du rose rubellite au vert Lagoon, incarne l’audace chromatique qui définit Bvlgari depuis les années 1950. Cette collection finale de Color Journey ne se contente pas de célébrer une pierre : elle réaffirme une philosophie où la couleur prime sur la rareté, et où le design dialogue avec l’émotion. Pour les amateurs comme pour les professionnels, ces pièces offrent une leçon de style – comment allier héritage romain, innovation technique et liberté créative. À l’heure où les joailliers rivalisent de complexité, Bvlgari rappelle que la simplicité d’une gemme bien taillée peut tout changer.
La tourmaline, reine méconnue de la haute joaillerie
Dérivé du cingalais turamali (« pierre de toutes les couleurs »), le nom de la tourmaline résume son atout majeur : une palette inégalée, du bleu électrique des Paraïba aux roses profonds des rubellites. Dès les années 1950, Bvlgari en avait fait une signature, bousculant les codes d’une joaillerie alors dominée par les « quatre C » (diamant, rubis, émeraude, saphir). Lucia Silvestri, directrice créative des gemmes, insiste sur ce parti pris : La tourmaline permet une liberté que peu de pierres offrent. Son pléochroïsme – cette capacité à changer de teinte selon l’angle – en fait un matériau vivant.
Un spectre chromatique sans équivalent
La collection 2025 exploite cette diversité à travers des associations inattendues :
- Les tourmalines vertes (jusqu’à 42,96 carats), souvent taillées en coussin pour intensifier leur éclat.
- Les rubellites, dont les tons rose framboise (comme dans le collier Symphony in Pink) rappellent les couleurs de la Dolce Vita.
- Les Paraïba néon-bleues, rares et prisées, qui inspirent des contrastes avec l’onyx ou l’améthyste.
- Les kunzites, aux reflets pastel, utilisées dans le collier Velvet Eclipse pour adoucir l’éclat des rubellites.
Chaque pierre est sélectionnée pour son saturation et sa pureté, puis taillée sur mesure – en ovale, poire ou cabochon – afin d’en révéler les nuances cachées.
L’art de la taille, clé de l’éclat
Contrairement aux diamants, dont la taille vise la brillance maximale, la tourmaline exige une approche sur mesure. Les artisans de Bvlgari privilégient :
- Les cabochons surdimensionnés (comme dans le choker Tubogas Green Leaf), qui captent la lumière différemment selon les angles.
- Les tailles asymétriques (poire, coussin) pour jouer avec le pléochroïsme, comme sur les 7 tourmalines vertes du collier Neon Chromatique (108,75 carats au total).
- Les sertissages ouverts, qui laissent respirer la pierre et accentuent ses changements de couleur.
Résultat : des bijoux qui évoluent avec le mouvement, passant du vert menthe au bleu lagune en un tournant de poignet.

Des pièces iconiques, entre héritage et audace
La collection capsule (plus de 30 créations) puise dans les archives de la Maison tout en osant des compositions contemporaines. Les motifs Serpenti et Tubogas, créés dans les années 1950-60, servent de toile de fond à des gemmes XXL et des jeux de textures inédits.
Les colliers, stars du finale
Sept colliers se distinguent par leur architecture et leur palette :
| Pièce | Gemmes principales | Poids (carats) | Métal | Inspiration |
|---|---|---|---|---|
| Neon Chromatique | 7 tourmalines vertes (poire) + 7 roses (cabochon) | 108,75 (vert) / 42,20 (rose) | Or jaune | Contraste néon et onyx |
| Serpenti Blush Chain | 2 tourmalines roses (poire) | 27,64 chacune | Or rose | Serpent infinie, pouvoir féminin |
| Tubogas Green Leaf | 3 tourmalines vertes (coussin) + 2 roses | 38,50 (vert) / 9,12 (rose) | Or jaune | Maille Tubogas revisitée |
| Verdant Harmony | 1 tourmaline verte (coussin) | 42,96 | Or jaune | Héritage romain |
Les anneaux et boucles, hommages à la couleur
Si les colliers volent la vedette, les anneaux et boucles d’oreilles déclinent le thème avec élégance :
- L’anneau Paraïba Dream associe une tourmaline bleu électrique (15,20 carats) à des diamants, dans un sertissage aéré qui laisse passer la lumière.
- Les boucles Lagoon Whisper superposent des cabochons verts et bleus sur un socle d’or blanc, créant un effet dégradé.
- Le bracelet Rubellite Pulse alterne rubellites et kunzites, avec des modules articulés pour un port fluide.

Le détail qui fait la différence
Au-delà des gemmes, c’est l’assemblage qui marque les esprits :
- Les chevrons d’onyx du collier Neon Chromatique, qui structurent le chaos coloré.
- Les mailles Tubogas en or jaune, flexibles et sans soudure, signature de la Maison depuis 1948.
- Les diamants étoilés du collier Velvet Eclipse, qui diffusent la lumière vers les rubellites.
Chaque pièce est conçue pour être portée – les chaînes sont ajustables, les fermoirs discrets, et les poids répartis pour un confort optimal.
Une philosophie chromatique, bien au-delà des bijoux
Avec Color Journey, Bvlgari ne vend pas seulement des bijoux : la Maison éduque le regard. Depuis les années 1950, elle défie l’idée que la valeur d’une gemme se mesure à sa rareté ou à sa dureté. Lucia Silvestri le résume : Notre rôle est de montrer que la beauté naît du dialogue entre les couleurs, pas des certificats. Cette approche se décline en trois piliers.
L’héritage d’un style « anti-conformiste »
Dans les années 1960, alors que Paris imposait des designs épurés et des pierres classiques, Bvlgari misait sur :
- Les cabochons XXL, comme dans la collection Bvlgari Cabochon (relancée en 2025).
- Les mélanges de métaux (or rose et jaune sur une même pièce).
- Les gemmes « secondaires » (tourmaline, améthyste, kunzite) traitées en stars.
Aujourd’hui, cette liberté inspire des collections comme Polychroma (2024) ou les nouvelles déclinaisons Allegra, où les saphirs jaunes côtoient les grenats mandarine.
Un savoir-faire au service de l’émotion
Derrière chaque pièce se cache un processus artisanal et instinctif :
- Sélection des gemmes : Lucia Silvestri parcourt les mines du Brésil, de Madagascar ou d’Afrique pour dégotter des pierres aux tons uniques.
- Dialogue avec la matière : Les designers travaillent sans croquis préliminaires, laissant les gemmes guider les formes.
- Taille sur mesure : Jusqu’à 6 mois sont nécessaires pour tailler une tourmaline de 40 carats, comme celle du collier Verdant Harmony.
- Assemblage manuel : Les chaînes Tubogas sont tissées à la main, sans soudure, une technique brevetée en 1948.
Une stratégie qui séduit amateurs et collectionneurs
Le pari de Bvlgari paie : les pièces de Color Journey attirent une clientèle diversifiée :
- Les collectionneurs recherchent les tourmalines Paraïba (dont les prix ont bondi de 30 % depuis 2020).
- Les jeunes acheteurs (25-35 ans) craquent pour les designs audacieux comme le collier Neon Chromatique, vu comme une œuvre d’art portable.
- Les professionnels saluent la maîtrise technique, notamment la taille des cabochons, qui évite les inclusions visibles.
Preuve de cet engouement : les premières pièces exposées à Rome et Paris ont trouvé preneur en moins de 48h, avec des budgets allant de 20 000 € (pour un anneau) à 1,2 million d’euros (pour le collier Serpenti Blush Chain).

Mais la tourmaline est-elle vraiment accessible ?
Si Bvlgari démocratise l’image de la tourmaline, son prix reste un frein pour beaucoup. Une rubellite de 5 carats de qualité joaillière coûte entre 10 000 € et 30 000 € – soit 2 à 3 fois le prix d’un saphir de même taille. Les Paraïba, encore plus rares, atteignent 50 000 €/carat. Pourtant, des alternatives existent.
Le marché des tourmalines : entre rareté et opportunités
Contrairement aux diamants, dont le prix est standardisé, celui des tourmalines varie selon :
- La couleur : Les Paraïba (bleu néon) et rubellites (rose vif) sont les plus chères.
- La provenance : Le Brésil et l’Afrique (Namibie, Mozambique) fournissent les meilleurs spécimens.
- La taille : Les pierres au-dessus de 10 carats voient leur prix exploser.
Pour les budgets serrés, les tourmalines vertes ou bicolores (rose/vert) offrent un rapport qualité-prix intéressant, avec des pierres de 3 à 5 carats autour de 1 500 € à 5 000 €.
Comment porter la tourmaline au quotidien ?
Les joailliers parisiens et lyonnais proposent des solutions pour intégrer cette gemme sans se ruiner :
- Les bagues solitaires en or jaune, avec une tourmaline verte menthe (500 € – 2 000 €).
- Les boucles d’oreilles à cabochon, associant tourmaline rose et diamants de laboratoire (1 200 € – 3 500 €).
- Les colliers courts (40 cm) avec une pierre centrale taille coussin (3 000 € – 8 000 €).
À noter : la tourmaline, dureté 7 à 7,5 sur l’échelle de Mohs, résiste bien à l’usure, à condition d’éviter les chocs thermiques (comme les saunas) et les produits chimiques (parfums, crèmes).
L’avis des experts : un investissement raisonné
Pour Jean-Marc Lunel, gemmologue à l’ING (Institut National de Gemmologie), la tourmaline est un placement intéressant si l’on cible les couleurs rares et les tailles exceptionnelles. Une Paraïba de 10 carats bien certifiée peut prendre 10 à 15 % de valeur par an. Mais attention aux pierres trop inclusives ou traitées thermiquement, qui perdent leur éclat avec le temps. Son conseil : privilégier les certificats GRS (GemResearch Swisslab) ou Gübelin, et acheter chez des joailliers reconnus pour leur transparence.











