Au troisième trimestre de son exercice 2025‑2026, le groupe Richemont a affiché un chiffre d’affaires de 6,4 milliards d’euros, supérieur aux anticipations des analystes. Cette hausse de 11 % à taux constants provient majoritairement de ses maisons de joaillerie, en dépit de la progression du coût des matières premières. La demande pour les pièces de luxe reste solide, portée à la fois par la clientèle locale et par les flux touristiques.
À retenir
- 6,4 milliards d’euros de chiffre d’affaires Q3, +11 % à taux constants.
- La joaillerie, moteur principal, +14 % à taux constants.
- L’horlogerie spécialisée progresse de +7 % après deux trimestres positifs.
- Le Moyen‑Orient & Afrique affiche la plus forte croissance +20 %, suivi du Japon +17 %.
- Les ventes en propre représentent 72 % du chiffre d’affaires global.
Cette performance reflète une stratégie axée sur la montée en gamme des maisons emblématiques et sur une distribution très contrôlée. Elle montre que, malgré un environnement macroéconomique tendu, la joaillerie de luxe reste un segment attractif pour des consommateurs en quête de prestige durable. Pour les professionnels et les collectionneurs, elle confirme l’attrait des pièces Cartier, Van Cleef & Arpels, Buccellati ou Vhernier, tout en ouvrant la voie à une diversification maîtrisée vers l’horlogerie et certains accessoires.
La joaillerie, moteur de la performance
Le pôle Joaillerie a enregistré une croissance de 14 % à taux constants, atteignant 4,79 milliards d’euros. Cette hausse, nettement supérieure à la moyenne du groupe, s’appuie sur une demande soutenue, tant locale que touristique, et sur le positionnement très haut de gamme des maisons. Les enseignes phares – Cartier, Van Cleef & Arpels, Buccellati, Vhernier – ont vu leurs ventes fortement progresser, portées par des collections de haute joaillerie et des campagnes de communication ciblées.

Croissance de 14 % à taux constants
Cartier a généré un flux régulier de nouveaux clients, tandis que Van Cleef & Arpels a renforcé son image de créateur d’objets d’exception. L’augmentation de +14 % traduit la capacité du groupe à combiner création joaillière et valeur patrimoniale, répondant à une clientèle qui recherche à la fois un design intemporel et un sentiment de rareté assumé. Les lancements de lignes iconiques et les relances de collections historiques ont également contribué à soutenir la dynamique commerciale.
Le rôle de Cartier et Van Cleef & Arpels
Ces deux marques ont misé sur des collections de bijoux à forte charge émotionnelle, notamment autour des bagues à pierres précieuses et des colliers ornementés. La demande se concentre surtout sur les marchés du Moyen‑Orient et du Japon, où la clientèle recherche des pièces très exclusives et prêtes à être transmises. Cette orientation vers le luxe de transmission permet de soutenir les marges de Richemont et d’asseoir encore davantage la réputation du groupe sur le haut de gamme joaillier.
Horlogerie spécialisée, un rebond rassurant
L’horlogerie, souvent perçue comme un segment d’investissement, a connu une progression de 7 % à taux constants, pour atteindre 872 millions d’euros. Ce résultat confirme un deuxième trimestre consécutif de croissance positive après une phase de normalisation du marché secondaire, porté par les performances de IWC Schaffhausen, Jaeger‑LeCoultre et Vacheron Constantin.

Progression de 7 % et deuxième trimestre positif consécutif
Cette croissance est alimentée par le lancement de nouveaux modèles et par la résilience d’une clientèle qui considère encore l’horlogerie comme un actif tangible en période d’incertitude. La vente directe en boutique, l’accompagnement personnalisé et la montée en gamme des salons privés renforcent l’attachement aux marques. Cette approche favorise les achats additionnels, les montées en gamme et une fidélisation à long terme.
Les marques IWC, Jaeger‑LeCoultre et Vacheron Constantin
Ces trois maisons ont mis en avant des collections de chronographes de luxe et des éditions limitées, créant un sentiment d’urgence contrôlée et de rareté. La stratégie marketing s’appuie sur les plateformes numériques pour toucher une clientèle internationale, tout en consolidant une présence forte dans les boutiques phares et les points de vente prestigieux. Les collaborations avec des événements culturels et sportifs ciblés renforcent également leur visibilité auprès des collectionneurs.
Canaux de distribution et résilience géographique
Les ventes en propre représentent désormais 72 % du chiffre d’affaires total, avec une croissance de 12 % à taux constants. Les canaux de commerce de détail restent donc le principal moteur, tandis que la distribution multimarque et les ventes en ligne affichent des croissances respectives de 9 % et 5 %. Cette répartition reflète la volonté du groupe de privilégier les réseaux qu’il contrôle directement.
Commerce de détail, distribution et en ligne : la domination du direct
Le modèle de vente directe permet de maîtriser l’expérience client, de défendre des marges élevées et de renforcer la cohérence du discours de marque. Malgré une pression sur la rentabilité liée à des taux de change défavorables, Richemont conserve une trésorerie nette robuste de 7,6 milliards d’euros, qui lui laisse des marges de manœuvre pour investir dans ses boutiques et dans le digital propriétaire.
Croissance au Moyen‑Orient et au Japon, mais faiblesse en Asie‑Pacifique
Le Moyen‑Orient & Afrique affiche la plus forte croissance, à +20 %, portée par le dynamisme des Émirats arabes unis et par une clientèle locale à fort pouvoir d’achat. Le Japon suit avec +17 %, grâce à une demande locale solide et à des dépenses touristiques en progression. En revanche, l’Asie‑Pacifique ne dépasse pas +6 % à taux constants et enregistre un recul de -2 % à taux réels, en grande partie en raison de la crise immobilière qui fragilise le marché chinois.
Le cas de la Grande Chine
Dans l’ensemble, la Chine continentale, Hong Kong et Macao affichent une progression limitée de seulement 2 %, principalement grâce aux ventes à Hong Kong. Les acheteurs chinois restent prudents, car le secteur est affecté par la volatilité du marché immobilier, les incertitudes économiques et un contrôle plus strict des sorties de capitaux. Les déplacements vers des destinations de shopping alternatives pèsent également sur les ventes domestiques.
Limites et risques pour la marge
Les coûts élevés des matières premières et les taux de change défavorables continuent de peser sur la marge opérationnelle du groupe. La croissance de +11 % apparaît soutenable, mais Richemont devra surveiller de près la volatilité des devises et les évolutions de la demande, notamment sur le segment d’entrée de gamme du luxe. La capacité à maintenir des prix fermes tout en préservant l’exclusivité de l’offre sera déterminante pour la suite de l’exercice.











