Fondée à Pékin en 2009, Laopu Gold est devenue en quelques années le deuxième acteur du luxe en Chine, devant des maisons comme Cartier ou Tiffany, grâce à une croissance de plus de 200 % en 2025. Avec un chiffre d’affaires de près de 4 milliards de dollars et des boutiques régulièrement prises d’assaut, cette enseigne remet au goût du jour les techniques artisanales des anciens ateliers impériaux. Elle vise une clientèle en quête de sens et de valeur refuge. Son modèle économique, fondé sur des prix fixes déconnectés des fluctuations du cours de l’or, bouscule les codes des joailliers occidentaux.
À retenir
- Croissance explosive : chiffre d’affaires 2025 en hausse de 221 %, à 27,3 milliards de yuans (environ 3,9 milliards USD).
- Bénéfice net : ajusté à 5,03 milliards de yuans, progression de 234,9 %.
- Productivité record : ventes moyennes par boutique dépassant 500 millions de yuans (73 millions USD) en 2025.
- Artisanat unique : maîtrise de l’or pur 24 carats via des techniques impériales (filigrane, ciselage).
- Clientèle partagée : plus de 82 % des clients achètent aussi chez les 5 géants mondiaux du luxe.
- Modèle de prix fixe : déconnecté du cours de l’or, renforçant la perception de valeur refuge.
- Expansion internationale : nouvelles boutiques à Singapour et Hong Kong pour exporter le récit culturel.
Une croissance à trois chiffres qui défie les lois du luxe
En 2025, Laopu Gold a enregistré un bond de 221 % de son chiffre d’affaires, atteignant 27,3 milliards de yuans (près de 3,9 milliards de dollars), selon The Standard. Cette performance la place au deuxième rang des marques de luxe en Chine continentale par revenus, derrière LVMH mais devant Hermès sur certaines mesures locales. Son bénéfice net ajusté a grimpé de 234,9 %, à 5,03 milliards de yuans, rapporte KR Asia. Ces chiffres donnent le vertige, surtout quand on les compare à la croissance à un chiffre des conglomérats européens.
Qu’est-ce qui explique une telle envolée ? D’abord, une tarification sans fioritures. Là où les bijoutiers traditionnels alignent leurs pièces sur le cours du jour, Laopu Gold fixe ses prix et laisse le métal jaune de côté. Résultat : des marges comparables à celles de la haute joaillerie de la Place Vendôme, avec un argument rassurant pour l’acheteur, qui y voit une valeur stable.

Des ventes record dans les centres commerciaux chinois
Les boutiques de la marque affichent une productivité au mètre carré hors norme. En 2025, chaque point de vente a généré en moyenne plus de 500 millions de yuans (soit environ 73 millions de dollars), indique 36Kr. C’est un peu comme si une seule bijouterie réalisait le chiffre d’affaires annuel d’une dizaine de boutiques traditionnelles. Les files d’attente constantes devant les écrins de la marque, dans les centres commerciaux les plus huppés, témoignent d’une fièvre acheteuse. Laopu Gold a transformé l’acte d’achat en une expérience presque exclusive, où l’attente fait partie de l’attrait.
Cette dynamique a aussi propulsé le titre en Bourse. Introduit à Hong Kong en juin 2024, le cours de l’action a été multiplié par plus de dix en moins d’un an, faisant de Laopu Gold une coqueluche des investisseurs. Une valorisation qui montre à quel point le marché y croit : cette enseigne pourrait bien incarner une partie de l’avenir du luxe chinois.
Un modèle économique en rupture avec la volatilité de l’or
Le cœur du succès repose sur un pari simple : déconnecter le prix du bijou de celui du métal. Avec ses prix fixes, Laopu Gold atténue l’anxiété des clients face aux variations du marché. L’or devient alors un achat de plaisir, pas un placement spéculatif. La marque garde aussi des marges confortables quand le cours baisse, puisque la valeur perçue ne s’érode pas. Au fond, elle a trouvé un équilibre rare : des prix élevés, une image de stabilité et des clients prêts à suivre.
Cette approche séduit une clientèle qui, hier encore, privilégiait les diamants ou les montres suisses. Aujourd’hui, face aux incertitudes économiques, l’or pur artisanal apparaît comme une valeur refuge émotionnelle et patrimoniale. Laopu Gold a su capter ce basculement.
L’or ancien, ou comment transformer un métal en objet de désir
Si Laopu Gold bouscule les géants, c’est aussi par son esthétique radicalement différente. Là où les maisons occidentales travaillent l’or 18 carats pour sa dureté, la marque pékinoise utilise l’or pur à 99,0 % (24 carats). Ce choix technique donne aux pièces une couleur chaude, une texture mate et soyeuse obtenue par un martelage minutieux. Elles ont davantage l’allure de fragments de patrimoine que de bijoux classiques.
Cette singularité s’ancre dans le « Gufa Huangjin », ou or de style ancien, un ensemble de techniques artisanales autrefois réservées aux ateliers impériaux des dynasties Ming et Qing. Laopu Gold est d’ailleurs la première marque certifiée par la China Gold Association pour la promotion de ce concept, comme le rapporte The Venetian Macao. Un label qui confirme son héritage et son authenticité.
Le Gufa Huangjin : un savoir-faire impérial remis au goût du jour
Concrètement, quelles techniques retrouve-t-on ? Le filigrane, reconnu par l’UNESCO, transforme l’or pur en dentelle aérienne. Le ciselage manuel grave des motifs en bas-reliefs d’une finesse remarquable. Le martelage, lui, confère ce lustre doux si caractéristique. Chaque pièce mobilise des dizaines d’heures de travail, car ces gestes ne se mécanisent pas. À la mi-2025, la marque détenait 273 brevets nationaux et plus de 1 500 droits d’auteur pour ses designs originaux, selon Tiger Brokers.

Cette complexité technique rend chaque création rare. Elle justifie des prix élevés, sans commune mesure avec le simple poids d’or. Pour le client, posséder un bracelet ou un pendentif Laopu Gold, c’est acquérir une œuvre d’art miniature, chargée de sens culturel. La dimension artisanale devient un marqueur social puissant.
Quand le design raconte une histoire millénaire
Les designs intègrent une symbolique forte, directement issue de la culture chinoise : gourdes hulu porte-bonheur, nuages auspicieux, dragons mythologiques. Ces motifs résonnent avec le mouvement « Guochao », cette vague de fierté nationale où la jeune génération redécouvre son héritage esthétique. Un collier Tiffany joue la sobriété moderne ; un pendentif Laopu Gold évoque la prospérité et la protection spirituelle. C’est un achat identitaire.
La marque vend aussi une histoire. Elle a créé un lien émotionnel entre le consommateur et ce récit, un terrain sur lequel les maisons occidentales peinent encore à jouer en Chine. Le bijou devient alors un objet de mémoire collective.
La conquête d’une clientèle jusqu’ici fidèle aux Occidentaux
Le phénomène Laopu Gold ne se limite pas à un succès local. Il mord directement sur les parts de marché des institutions de la Place Vendôme. Selon les analyses de Jing Daily, le taux de chevauchement de sa clientèle avec les cinq géants mondiaux du luxe (LVMH, Hermès, Cartier, Bulgari et Tiffany) a grimpé de 77,3 % en juillet 2025 à 82,4 % en mars 2026. Cela signifie que plus de quatre clients sur cinq achètent à la fois une bague Cartier et une pièce Laopu.
Cette statistique a de quoi inquiéter. Elle montre que la marque pékinoise est entrée dans le portefeuille des ultra-riches, au même titre que les références historiques du luxe occidental. Elle ne les remplace pas : elle les complète, en apportant une dimension culturelle et une valeur refuge que le diamant ne procure pas.
Un chevauchement de clientèle qui inquiète la Place Vendôme
L’intérêt des leaders mondiaux pour Laopu Gold est désormais palpable. Selon New Fortune Times, Bernard Arnault a visité personnellement la boutique phare de Shanghai en septembre 2025. Une visite symbolique, qui dit assez bien la pression concurrentielle. Rothschild, cité par Jing Daily, prévoyait même que Laopu pourrait surpasser les revenus joailliers de Richemont en Chine dès fin 2025. Kering Ventures a commencé à investir dans le segment de l’or ancien 24 carats, comme pour ne pas rester à l’écart.
Pour les géants établis, le défi est double : Laopu leur prend des ventes et redéfinit les critères du désir. L’or pur artisanal devient parfois plus désirable que le serti saphir-diamant. Une rupture qui passe par la culture.
L’expansion internationale : Singapour et au-delà
Après avoir conquis la Chine, Laopu Gold entame son internationalisation avec des ouvertures remarquées à Singapour et un renforcement à Hong Kong. Ces implantations servent à exporter le récit culturel chinois vers une diaspora et une clientèle internationale sensibles à l’artisanat d’exception. C’est un test : l’attrait pour le Gufa Huangjin peut-il dépasser les frontières culturelles ?
Les premiers retours suggèrent que oui. La marque attire des collectionneurs et des amateurs de design, séduits par la matité de l’or 24 carats et la complexité des motifs. Laopu Gold n’est plus une curiosité locale ; la marque avance désormais comme un acteur du luxe global, avec une tradition millénaire et une exécution très contemporaine. Les bijoutiers du monde entier le regardent de près.











